Madame Florence Parly,
ministre des Armées

Livraison du premier A330 Phénix à l’armée de l’air
Istres, le 19 octobre 2018

Presque 60 ans. Voilà l’âge des C135.L’âge d’une vie remplie, l’âge pour certains de raccrocher l’uniforme.Mais si aujourd’hui, un homme, une femme, un aviateur est encore jeune à 60 ans, cela n’est pas le cas de nos aéronefs.Dans chacune de mes visites au sein de l’armée de l’air, j’ai oscillé entre l’admiration de vous voir capables d’assurer parfaitement vos missions malgré des matériels usés, datés, vieillissants et ma préoccupation de vous voir contraints à les utiliser.Les engagements opérationnels de la France sont majeurs. Parce que le monde l’exige, parce que la sécurité et la liberté des Français l’imposent. Et au coeur de chaque opération, pour assurer la permanence de notre dissuasion nucléaire, pour réussir la projection de nos forces, pour tant d’actions et de ravitaillements, se trouve toujours l’armée de l’air, prête à se distinguer.Il fallait donc agir. Agir vite. Il fallait assurer fermement que les aviateurs devaient voir leurs matériels renouvelés. Qu’il ne s’agissait pas d’un voeu pieu d’une armée, mais d’un impératif pour les armes de la France.Aujourd’hui, c’est le renouveau de nos Armées que nous célébrons. Aujourd’hui, c’est le point de départ de livraisons trop longtemps attenduesDans quelques instants, devant nous, le premier A330 Phénix qui vient de nous survoler en compagnie de son prédécesseur sera remis à l’armée de l’air.C’est un symbole, évidemment. Le symbole d’une Armée décidée à mener à bien ses missions.Le symbole de l’arrivée d’équipements ouverts sur les coopérations avec nos alliés. Le symbole d’un succès industriel européen. Le symbole d’un avion pleinement adapté aux opérations de demain, puisqu’il sera un relais de communication et de renseignement, une capacité de réception, de traitement et de diffusion des données.Le symbole du succès et de la détermination collective de notre ministère. Depuis la DGA jusqu’aux états-majors en passant par le service d’infrastructure de la défense ou le service des essences des Armées, chacun a apporté sa pierre à l’édifice.Mais cette livraison, ce n’est pas qu’un symbole, c’est le signe, aussi, d’une Armée qui entre de plain-pied dans la modernité, qui disposera des meilleurs équipements, des meilleures capacités.Le Phénix est parfois décrit comme le « couteau suisse stratégique de nos Armées ». C’est vrai.Nous parlons d’un appareil moderne, polyvalent, stratégique. D’un matériel capable dans le même temps de réaliser une mission de ravitaillement en vol, du transport stratégique et du transport aéro-médicalisé. D’un matériel décisif pour la composante aéroportée de notre dissuasion.Le Phénix étend l’horizon de notre armée de l’air. Il déploie plus encore ses ailes et décuple sa force de frappe.Il donne à la France la possibilité de répondre, au mieux, aux défis de demain, à un monde d’instabilité, où les menaces se font plus vives, plus imprévisibles, plus violentes. Le Phénix permet d’aller plus loin dans les lignes, de nous projeter plus loin.Il permet de ravitailler plus d’aéronefs, de transporter plus de passagers. Il dispose des mêmes capacités de transport et de fret qu’un A340. Mais un exemple vaut mille phrase. Imaginons un vol… vers Djibouti ou Al Dhafra. C’est un vol de 7 heures environ. Là où le C135 ne pouvait transporter que 15 passagers et convoyer 2 Rafale, le Phénix, lui, peut transporter 88 personnes et convoyer 4 Rafale. Voilà ce que j’appelle, concrètement, une puissance démultipliée.Mais le Phénix n’est pas attendu que par l’Armée de l’air, il est attendu par toutes nos forces et il est un allié, précieux, pour tous nos militaires. Le Phénix, c’est un véritable « hôpital volant ». Il offre aux personnels soignants des conditions remarquables de travail à bord. Il offre donc à nos blessés les meilleures conditions de traitement et les meilleures chances de survie.Evidemment, l’arrivée du Phénix ne va pas sans défis. Les chantiers d’infrastructures continuent et des années de travaux seront encore nécessaires pour que l’arrivée du Phénix soit pleinement complète. Il nous faudra encore du temps pour bâtir de nouvelles aires de stationnement et de maintenance, pour ouvrir de nouvelles voies de circulation, pour faire d’Istres un véritable hub de transit grâce à une nouvelle escale aérienne.Nous aurons besoin de travail, comme toujours. D’un travail collectif, pour que les armées, directions et services parlent d’une seule et même voix. D’un travail intense pour une armée de l’air forte, déterminée, respectée.L’armée de l’air, c’est l’armée de l’action vive, rigoureuse, millimétrée. C’est l’armée de la précision, car chaque geste, chaque détail, chaque calcul, compte et importe. C’est l’armée de la projection, qui offre à la France ses ailes et permet à nos forces de se déployer partout où nos valeurs l’exigent. C’est une Armée de souveraineté, aussi, une des garantes de notre dissuasion. C’est également, une armée de cohésion, car pour la réussite d’un vol, c’est toute une équipe qui est à l’oeuvre ensemble.L’armée de l’air, enfin, est une Armée qui suscite le rêve. Une Armée vers laquelle les yeux se tournent et les coeurs se portent, une armée qui impressionne sa maîtrise du ciel, par son habileté à s’emparer des airs.La France a besoin de son armée de l’air pour faire entendre sa voix. Elle a besoin de vous tous, aviateurs, pour la paix, la protection, la Liberté.Monsieur le chef d’état-major de l’armée de l’air, Général Lavigne, votre plan de vol, comporte beaucoup de défis à relever, d’opportunités à saisir et de projets à mener. Je vous connais maintenant. Je sais votre détermination. Je sais votre enthousiasme. Je sais votre audace et votre sens du collectif.Je compte sur vous, notre République compte sur vous, mais je n’ai aucun doute : nous réussirons et nous écrirons cette page nouvelle de nos Armées.Depuis 20 ans maintenant, chaque année apportait son lot de mauvaises nouvelles, de moyens plus contraints, de programmes plus retardés. Cela ne pouvait plus durer. Le Président de la République a pris des engagements fermes et la loi de programmation militaire leur a donné une réalité. D’ici 2025, 2% de notre PIB sera consacré à la défense. D’ici 2025, ce seront 295 milliards d’euros que les Français consacreront à nos Armées.Ce sont autant de moyens supplémentaires pour vous, pour vos familles, pour vos quotidiens. Ce sont autant de moyens pour renouveler nos équipements et disposer des meilleurs outils, des meilleurs équipements. Nous disposons de talents exceptionnels, d’aviateurs capables et aguerris, donnons-leur pleinement les moyens de leur action.Dans cette loi de programmation militaire, l’armée de l’air n’a pas été oubliée, loin de là. Cette LPM, ce sont des programmes accélérés, des matériels renouvelés, une mission facilitée.Il vous faut être réactifs, précis. C’est ce que vous permet la LPM, plus encore. Dès l’année prochaine, deux systèmes supplémentaires de drones REAPER seront livrés et les études pour le drone MALE européen seront poursuivies. Nos drones désormais seront armés, nous offrant une pleine efficacité.Il vous faut la vitesse, la force de frappe. La LPM lance la modernisation de notre aviation de chasse. 55 Mirage 2000D rénovés, 28 nouveaux Rafale seront livrés, le standard F4 arrivera dans les forces et 30 Rafale supplémentaires seront commandés en 2023.Il vous faut être capables de transporter, d’acheminer, de projeter nos forces. Il y a quelques mois, j’étais à Orléans pour l’arrivée du premier C-130J. Ce n’était qu’une étape car deux autres C130J et 11 A400M supplémentaires seront livrés au cours de la LPM, quant à nos Hercules plus anciens, ils seront rénovés.Nous avons une opportunité exceptionnelle de réussir la remontée en puissance de nos Armées. J’aurai besoin du travail, de l’imagination et de la volonté de tous. Nous avons des moyens exceptionnels, nous avons donc des responsabilités exceptionnelles.Nous devons attirer, former et conserver les talents. Nous devons veilleur à ce que chaque investissement soit juste, que chaque euro dépensé soit utile. Nous devons travailler dur, ensemble, et nous montrer à la hauteur des moyens que nous accorde la République.Travailler dur, c’est nous transformer, nous dépasser. C’est relever le défi de la maintenance aéronautique. J’en ai lancé une grande modernisation pour vous garantir une meilleure disponibilité des appareils, partout et tout le temps. Nous devons tous nous impliquer pour que la transformation du MCO aéronautique réussisse. C’est un enjeu pour tous, c’est une chance pour tous.Réussir la loi de programmation militaire, c’est aussi l’ancrer dans le réel. OEuvrer, ensemble, pour que la remontée en puissance ne soit pas un slogan mais un constat, une réalité.Nous serons mobilisés, je serai mobilisée pour que les livraisons arrivent, pour que les programmes soient menés dans les temps. Et c’est ce que nous saluons aujourd’hui avec l’arrivée du premier A330 Phénix.Je dis bien le premier, car ce n’est qu’un début. Le commencement d’une longue lignée de livraisons. 12 A330 Phénix devaient être livrés en 2025, avec la LPM nous accélérons les programmes et ils seront livrés dès 2023. La flotte totale de Phénix devait être de 12 aéronefs. Je sais combien ces avions sont précieux, déterminants pour votre action, la LPM augmente cette cible de 12 à 15 Phénix.Voilà des actes. Voilà le visage du renouveau de nos armées.Voilà le visage, aussi, du renouvellement de l’assurance vie de notre Nation, du renouvellement de notre dissuasion.La semaine dernière, j’assistais à Brest à la 500e patrouille d’un SNLE. Et devant cet ensemble si précieux de technologie et de savoir-faire, je disais ma reconnaissance aux marins qui protègent notre coeur stratégique. C’est maintenant à l’armée de l’air dans son ensemble que je m’adresse avec la même reconnaissance et la même détermination.Je l’ai dit à Brest et je le répète ici, notre dissuasion ne sera crédible que si elle est équilibrée. Si elle s’appuie fermement sur ses deux piliers, ces composantes océanique et aéroportée. Je ne peux imaginer l’un sans l’autre tant ils sont complémentaires. Tant l’un et l’autre sont indispensables à notre indépendance.La loi de programmation militaire prolonge le renouvellement de nos deux composantes et en particulier de la composante aéroportée : les Rafale ont remplacé les derniers Mirage 2000N qui ont quitté Istres en juillet ; ils seront désormais les gardiens de notre souveraineté.Il y a 50 ans, sur la base de Mont-de-Marsan, la combinaison du Mirage IV et du C135 avait permis à la France d’entrer pleinement dans l’ère de la dissuasion, au service de sa souveraineté et de son autonomie. Aujourd’hui comme il y 50 ans, les Rafale ne peuvent assurer cette mission sans leurs avions ravitailleurs.C’est ça, aussi, le rôle du Phénix. Il sera précieux pour nos forces aériennes stratégiques. Il leur donnera l’allonge nécessaire pour leurs missions. Il donnera à la France, l’assurance de la crédibilité et de la permanence de sa dissuasion.Bien sûr, les Phénix ne remplaceront pas les C135, les A340 et les A310 du jour au lendemain. Une période de transition s’annonce, comme un défi technique et humain. Mais grâce à la détermination de tous, nous allons y arriver.En regardant autour de moi, un mot résonne en moi : « unité ». Istres porte tous les visages de l’armée de l’air. Elle est cette base hors-norme, qui réunit les aviateurs de toutes les spécialités, assure tant de nos missions, se pose en garant de l’excellence de nos Armées.Istres est le point de rencontre de nos aviateurs. Le croisement de nos Armées, aussi, car tant d’unités y sont accueillies, soutenues.Aujourd’hui, Istres est aussi un point de départ. Le point de départ, du renouveau, concret, de nos Armées.Vive l’A330 Phénix ! Vive les FAS !Vive la République ! Vive la France !

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