MINISTÈRE DES ARMÉES Madame Florence Parly, ministre des Armées Discours à l’Institut des hautes études de défense nationale Ecole militaire, le 28 mars 2019



A la date du 12 novembre 1905, on peut lire dans le journal de Jules Renard, à propos de la démission de Maurice Berteaux : « Le ministre de la guerre a remis sa démission. La guerre est supprimée. »
Si seulement c’était aussi simple, je serais heureuse de ne pas être parmi vous aujourd’hui. Mais la guerre ne connaît aucun répit. Elle n’est plus courtoise comme lorsque nous invitions les Anglais à tirer en premier, elle n’implique plus nécessairement des belligérants étatiques, elle ne ressemble plus aux affrontements des tranchées du XXème siècle. Certes, elle est différente, mais elle n’est pas moins présente.
Il ne vous aura pas échappé que je suis ministre des Armées et non de la guerre. Cela signifie définir et mettre en oeuvre la politique de défense nationale. Point de guerre et pourtant. Vous le savez mieux que personne, les questions qui sont débattues entre ces murs de l’Institut des hautes études de défense nationale n’en sont jamais très loin.
On parle des armées, on parle des questions de défense nationale et peu à peu, le mot « guerre » s’efface. On lui préfère le terme de « conflit », de « combat » ou de « lutte ». Les mots ont un sens. Et si on l’emploie moins, c’est que concept de « guerre », qui se transforme et se complexifie devient de plus en plus difficile à appréhender.
Mais osons nommer les choses. Contre le terrorisme, nous sommes en guerre. Une guerre sans frontière. A des milliers de kilomètres ou sur notre propre sol, dans les rues de nos villes, nos militaires sont mobilisés. La résilience de notre Nation a plusieurs noms : Chammal, Barkhane ou Sentinelle et j’aimerais ici, saluer l’engagement de tous nos soldats, marins et aviateurs.
Pour dire un mot d’actualité, au Levant, nous avons remporté samedi dernier une bataille décisive, celle du territoire. Baghouz est tombée, après cinq années de combats acharnés. Mais la guerre ne se gagne pas uniquement sur le champ de bataille. Et déjà, Daech se reforme ailleurs, autrement. Au Levant comme au Sahel, gagner la guerre contre le terrorisme se ne résume ni à la neutralisation des terroristes, ni à la reconquête de territoires. Il nous faut vaincre l'attrait d'une idéologie radicale. C’est seulement en créant les conditions de retour de l’Etat de droit, de la sécurité, du développement économique et social que nous pourrons espérer une paix durable. Celle qui ne s’acquière jamais par la seule voie des armes.
Les armes changent, elles-aussi. Lorsque pendant la Guerre froide, l’américain Fischer affrontait le russe Spassky en finale du championnat du monde d’échecs à Reykjavik – on notera la neutralité du lieu, à mi-chemin entre les Etats-Unis et l’URSS – le sport avait été érigé au rang d’arme, et on parlait alors d’exportation de la guerre sur de nouveaux champs de bataille.
Aujourd’hui, ce n’est plus sur un échiquier que les conflits s’exportent, mais dans l’espace au-delà de la ligne de Kármán, où des satellites indiscrets sont les nouveaux espions du siècle. Et pour dire encore un mot d’actualité, s’il nous fallait encore une preuve que l’espace est désormais un champ de bataille, l’Inde a annoncé hier avoir mis au point avec succès un missile antisatellite, capable de détruire des satellites en basse orbite. La France n’accusera aucun retard. J’ai remis au président de la République un rapport qui établit les fondations d’une politique spatiale ambitieuse qui sera présentée prochainement.
L’espace, mais aussi le cyberespace. Les attaques cyber ne sont pas l’apanage du secteur civil, nos systèmes militaires, eux aussi, sont épiés, visés, attaqués. Je parle de nos systèmes militaires, et par là je désigne non seulement des réseaux du ministère, mais aussi de ceux de nos industriels, de nos partenaires, de leurs sous-traitants. La guerre cyber a commencé et nous sommes prêts à combattre. Nous avons fait de l’organisation de notre cyberdéfense une priorité, notamment en intensifiant le recrutement de cyber-combattants. Mais ce n’était plus suffisant, à l’heure où certaines puissances ne s’embarrassent plus à démentir que la meilleure défense, c’est l’attaque. Désormais, nous sommes également prêts à employer l’arme cyber en opérations extérieures à des fins offensives, isolément ou en appui de nos moyens conventionnels, pour en démultiplier les effets. Nous en ferons un usage proportionné, mais que ceux qui sont tentés de s’attaquer à nos forces armées le sachent : nous n’aurons pas peur de l’utiliser.
Alors, ce tableau pourrait paraître sombre. Et je ne souhaiterais pas édulcorer la réalité qu’il représente. Mais dans cette réalité, il y a une éclaircie. Une éclaircie vive, qui prouve que le retour des puissances ne s’illustre pas uniquement au travers de nouvelles menaces.
Cette éclaircie, c’est l’Europe. Ces menaces qui composent un sombre tableau, nos voisins et alliés y sont aussi confrontés. Il est de notre devoir de ne pas les ignorer. Et entre pays partageant les mêmes valeurs, les mêmes idéaux, il est de notre devoir de nous unir. C’est peut-être un paradoxe, mais l’Europe est bel et bien la garantie de notre souveraineté.
Et l’Europe de la défense progresse à grands pas. En un temps record, l’Initiative Européenne d’Intervention a été mise sur pieds, les premières réunions de travail entre états-majors de nos 10 pays ont eu lieu en novembre 2018. La semaine dernière, nous avons appris que le fonds européen de défense serait doté de 520 millions d’euros pour l’année 2019-2020 et que 100 millions étaient d’ores et déjà accordés à notre projet d’Eurodrone développé avec l’Allemagne, l’Espagne et l’Italie. Au coeur du projet de l’Europe de la défense, il y a une volonté politique, celle de développer une culture stratégique commune.
Et à cet égard, je tiens à remercier l’IHEDN pour son initiative de création d’une session européenne en partenariat avec la BAKS allemande et l’institut Egmont belge, destinée à la sensibilisation de responsables européens et des pays d’Europe. C’est en encourageant la vitalité de la pensée stratégique, en la structurant autour de projets transnationaux que nous développerons une vision européenne de la politique de défense.
Je veux le réaffirmer ici, car la pédagogie c’est l’art de la répétition : avec l’Europe de la Défense, nous ne tournons pas le dos à l’OTAN. Au contraire, nous réaffirmons que l’Alliance est et restera la pierre angulaire de notre défense collective, mais nous souhaitons désormais l’adosser à un pilier européen plus fort, solide, crédible, responsable et capable de s’engager pour assurer la sécurité de nos concitoyens. Nous travaillons à un meilleur partage du fardeau entre Alliés au sein de l’OTAN.
Les menaces évoluent. Nos adversaires évoluent. Alors, nous aussi, nous affûtons nos armes, toutes nos armes. Mon objectif est de bâtir des Armées modernes, des Armées du XXIe siècle, prêtes à affronter nos adversaires sur tous les champs, à l’emporter dans toutes les circonstances. Cette préparation de l’avenir, nous l’engageons sur tous les plans.
Cet engagement, ce sont d’abord des moyens, gravés dans le marbre de la loi de programmation militaire 2019-2025. Ce sont 295 milliards d’euros pour hisser notre outil de défense à la hauteur des défis qui nous attendent et offrir la remontée en puissance nécessaire de nos Armées. C’est aussi un cap : consacrer 2% de notre PIB à la défense d’ici 2025.
Lorsqu’on parle de bâtir des « armées modernes », les images qui surgissent sont souvent des avions plus rapides, des bateaux plus performants, une résilience cyber renforcée. C’est vrai, c’est tout cela. Mais ces avions, ces bateaux, ces systèmes informatiques, ce sont avant tout des femmes et des hommes, civils comme militaires, qui en font le
succès. Et c’est ce que nous avons voulu signifier en remettant l’humain au coeur de nos armées, au coeur de la LPM.
Une loi de programmation militaire à hauteur d’homme, ce sont des améliorations des quotidiens. C’est améliorer les conditions de travail du personnel, les conditions de vie des familles, de formation, de préparation opérationnelle et d’entraînement. Cela passe par des équipements modernisés, une maintenance plus efficace des matériels de nos trois armées, une rénovation de nos infrastructures, ou encore un meilleur accompagnement des familles lorsque les militaires partent en mission.
Nos capacités opérationnelles se renforcent. La France est la plus grande armée d’Europe. Elle est la deuxième armée du monde libre. C’est une force, c’est un honneur, mais c’est surtout une exigence. Celle de disposer d’équipements performants, dans l’air du temps. Et demain, ce sont les sous-marins Barracuda plus discrets, les ravitailleurs Phénix plus polyvalents, les véhicules blindés Griffons plus robustes qui rejoindront nos armées.
Cette exigence, nous y répondons par des projets de plus grande envergure encore. Avec l’Allemagne et bientôt l’Espagne, nous développons l’avion de combat du futur, le SCAF. Et pour être exacte, le SCAF, ce n’est pas seulement un avion, c’est d’ici 2040, un système global de combat aérien collaboratif associant avion, drone, plateformes et capteurs, exploitant le potentiel de l’intelligence artificielle.
La transformation de nos armées est en marche. Elle est en marche pour toujours garantir la protection des Français à son plus haut niveau, peu importe les menaces.
Accepter le changement est une chose. Etre visionnaire en est une autre. Des visionnaires éclairés, c’est ce que nous devons être pour irriguer nos Armées d’innovation, technologique et stratégique. Prendre des risques, faire le choix de l’audace plutôt que de la peur de l’échec,
c’est l’esprit qui règne au ministère des Armées depuis presque deux ans.
J’y crois fermement : innover est une question de survie pour nos forces, pour notre industrie, pour notre souveraineté. Il était donc indispensable de nous donner les moyens d’innover. Aujourd’hui ces moyens ont un nom : DefInvest le premier fonds d’investissement doté de 50 millions d’euros pour les pépites technologiques de défense ; l’agence d’innovation de défense, qui fédère tous les acteurs du ministère, toutes les énergies, toutes les volontés des startups aux grands groupes ; ou encore, en très bon français, l’Innovation Defense Lab, qui agit d’ores et déjà au coeur de l’Agence comme un accélérateur d’innovation.
Nous étudions toutes les opportunités qui s’offrent à nous, pour ne manquer aucun virage stratégique. Nous avons décidé l’augmentation des moyens de la recherche et de l’innovation du ministère, en y consacrant un milliard d’euros par an d’ici 2022. Car maîtriser le champ de bataille de demain implique nécessairement que nous menions des travaux sur les réseaux informationnels, l’espace ou encore l’intelligence artificielle.
Ce sont des sujets dont vous entendrez parler bientôt, car j’adopterai très prochainement les orientations détaillées de notre politique d’innovation pour la période 2019-2025, tant en termes de choix thématiques que d’outils nouveaux pour soutenir l’innovation.
Soutenir l’innovation, ce sont des orientations, des moyens, mais aussi des talents. Loin de nous est l’image des ronds-de-cuirs de Courteline, très loin de nous est celle d’un Adrien Deume qui aligne ses trombones sur son bureau. Dans les couloirs du ministère des Armées, ce sont des ingénieux, des créatifs, post-doctorants, entrepreneurs d’intérêt général, et cybercombattants que vous pouvez croiser. Il s’agit d’avoir des armées et un ministère qui ressemblent à la société qu’ils protègent.
Les armées sont au service de la nation, elles sont l’émanation d’un peuple pour sa défense. Des armées déconnectées de la société, ce serait mettre en danger notre précieux lien armées-Nation. C’est avec cet enjeu à l’esprit que j’ai lancé le 7 mars dernier le plan mixité qui doit permettre une plus grande égalité entre hommes et femmes et une meilleure prise en compte des évolutions sociétales.
La société, nous ne préparerons pas l’avenir de notre défense sans elle. Monde civil et monde militaire ne sont pas des espaces hermétiques : mille fils tendus lient nos forces armées à nos citoyens. Des liens d’admiration, de reconnaissance, de fierté qu’il nous faut absolument renforcer. La participation des armées à la mise en oeuvre du service national universel sera une opportunité toute choisie de transmission des valeurs de nos armées. En ce sens, je souhaiterais saluer le travail remarquable de l’IHEDN qui multiplie ses actions vers les territoires et les jeunes en particulier. C’est en faisant connaître les différentes possibilités d’engagement et en éveillant les consciences aux enjeux stratégiques que nous lutterons contre l’indifférence.
L’indifférence à nos armées, c’est sûrement celle qui avait fait écrire à Franz Kafka le 2 août 1914 « L’Allemagne a déclaré la guerre à la Russie. Après-midi piscine. » Alors peut-être irez-vous vous baigner cette après-midi, mais en étant ce matin sur ces bancs, vous luttez contre cette pernicieuse indifférence.
De tous les horizons, vous faites vivre l’IHEDN dont je souhaite à nouveau remercier les responsables et dire tout le soutien du ministère des armées à votre institution, à l’aube d’une transformation d’envergure.
Vous refusez toute paresse d’esprit, vous avez la curiosité d’apprendre, la rigueur de vouloir comprendre, pour ne jamais trahir.
Vous aussi, sur ces bancs, vous êtes en guerre. Contre l’obscurantisme, contre l’imprécision, contre la simplification à outrance et la facilité. Et à l’image de nos armées, n’abandonnez jamais.

 

 

Malgré des menaces très sérieuses, cette nouvelle journée de manifestation des gilets jaunes a pu se dérouler dans le calme grâce à la mobilisation des forces de l’ordre : les attroupements ont pu être dispersés, la loi respectée, la liberté de manifestation assurée.

Ministère de l’Intérieur

 

Les manifestations des gilets jaunes ont rassemblé 33 700 personnes dans toute la France dont 4 000 à Paris (contre 40 500 personnes dont 5 000 à Paris le 23 mars). A titre de comparaison, la journée nationale d’action dans l’Education nationale a mobilisé 36 000 personnes.

 

Cette semaine, la volonté de semer la violence était encore forte, les groupes à risque étaient présents, mais l’action préventive des forces de l’ordre et la réponse de fermeté ont montré leurs effets.

 

Intervention systématique, dispersion et interpellation en cas de débordement : la doctrine d’emploi de maintien de l’ordre est bien établie.

 

Partout en France, et en particulier en Avignon, du matériel destiné à l’agression (battes de baseball, machettes, lance-pierres…) et du matériel de défense (masques de hockeys, casques…) ont été saisis.

 

Les forces de l’ordre ont fait respecter les arrêtés d’interdiction. Ils sont dissuasifs et efficaces.

 

A Paris 14 485 contrôles préventifs ont eu lieu, dont 7 265 aux abords des Champs-Elysées.

37 personnes ont été interpellées et 21 verbalisées pour avoir tenté de pénétrer le périmètre d’interdiction de manifester.

 

En Avignon, où les casseurs s’étaient donné rendez-vous, les manifestants qui ont tenté de se regrouper dans le périmètre interdit ont pu être dispersés dans le calme.

 

A Bordeaux comme à Toulouse, certains individus ont tenté de lancer des violences. Les forces de l’ordre sont immédiatement intervenues et ont pu maîtriser les débordements.

A 17h, les forces de l’ordre avaient procédé au total à 103 interpellations, donnant lieu à 56 gardes à vue.

 

A Paris comme en région, les manifestations déclarées ont pu se dérouler dans le calme. Le bilan humain est bien moindre avec au total moins de 10 blessés légers parmi les forces de l’ordre et les manifestants, soit 13 fois moins que le samedi 16 mars.

 

Christophe Castaner et Laurent Nuñez remercient les forces de sécurité intérieure, exemplaires dans l’accomplissement de leur mission. Ils rappellent qu’aucun effort ne sera économisé pour la protection des Français et de leurs libertés.

 

Service de presse Christophe CASTANER, ministre de l’Intérieur, et de Laurent NUNEZ, secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Intérieur

No part of this book may be reproduced, stored in a retrieval system, or transmitted, in any form or by any means, without the prior written permission of the Publisher.